LES ALCHIMIQUES

LES ALCHIMIQUES

On s’étonne toujours de la description, en 1761, du principe de la photographie, par Tiphaigne de La Roche, présumé alchimiste . D’autant que la photographie n’apparaît officiellement qu’en 1839. Il vaut sans doute la peine de citer le passage, d’en examiner le vocabulaire, de le transposer. en quelques point, la photographie a finalement dévoilé le projet alchimique au-delà de la seule métaphore.« Tu sais que les rayons de lumière réfléchie des différents corps ont tableau et peignent ces corps sur toutes les surfaces polies, sur la rétine de l’oeil, par exemple, sur l’eau, sur les glaces. Les «esprits élémentaires» ont cherché à fixer ces images passagères; ils ont composé une matière très subtile, très visqueuse et très prompte à se dessécher et à se durcir, au moyen de laquelle un tableau est fait en un clin d’oeil. Ils enduisent de cette matière une pièce de toile et la présentent aux objets qu’ils veulent peindre. Le premier effet de la toile est celui du miroir. On y voit tous les corps voisins et éloignés dont la lumière peut apporter l’image. Mais ce qu’une glace ne saurait faire, la toile, au moyen de son enduit visqueux, retient les simulacres Cité par Pierre-Jean Amar, Histoire de la photographie, Paris, PUF (coll. « Que sais-je?»»), 1997.

 » Une prudente orientation lumineuse engendre progressivement le sens de la composition. L’interstice vaut temps. L’harmonie tient au toucher de l’espace. Le photo-graphe entre en lumière
pour lire et traduire sa façon d’accoucher du monde et de ses structures internes.
 » a écrit Anne de Commines. Les alchimiques sont un voyage à l’intérieur de l’image.

Les Alchimiques ont été crées à partir de manipulations d’une même image ou à partir d’une première formation d’images traitée comme un tout, multipliée, inversée, fusionnée. Certaines parties ont été gommées, reprises, retouchées, réinventées, ajoutées, soustraites, selon les effets recherchés pour obtenir une composition qui tienne la route. Processus au terme duquel surgit l’image finale dans un surcroit de sens, idéalement mathématisée, afin que le nombre soit aussi un facteur de composition, une entrée. A la recherche du nombre d’or ou de la suite de Fibonacci, les alchimiques paraissant en répondre pour une part, est un sursaut fantasmé parfois, parfois totalement accompli comme Vénus  (ou encore les 4 Bonzes Nus en méditation, montée de l’énergie de l’Étoile,)  réalisé à partir d’un buste nu de profil d’une jeune femme et associé, tourné, fusionné, dans une opération où les différents calques sont interprétés, puis de nouveau utilisés afin que une structure soit mise en évidence, puis « travaillée » pour qu’apparaisse une composition finale intéressante, résultat final d’une recherche.. C’est pourquoi les Alchimiques se déclinent, la couleur notamment intervient par séduction.

L’apparition de VÉNUS ou Rosa Mystica  a été réalisée à partir d’un paraglyphe – juxtaposition légèrement décalée du négatif et du positif –  un buste de jeune femme nue, photographie prise dans un sous bois, si bien que les ombres du feuillage se projettent sur la peau, sur la silhouette, sur le visage. Ce Paraglyphe,  traité graphiquement est dupliqué, inversé, fusionné. Cette nouvelle image bifide est de nouveau assemblée selon un autre axe de montage puis inversée et ajoutée dans une symétrie inversée, pour composer un premier élément comportant quatre parties, lui même dupliqué puis superposé et positionné à 45 degré, puis fusionné, si bien qu’à la fin apparait une croix inscrite dans le Cosmos. Et tout cela à partir d’une seule image source. Corps de la bien aimée duquel surgit, après toutes ces opérations la croix, symbole immergé dans l’univers…Au sein des Alchimiques, se trouve un travail sur l’image spéculaire, comme édifiée après une longue série de reflets, d’inversions symétriques se superposant et se complétant.

J’écrivais en conclusion pour la présentation de Rosa Mystica :  » Ce qui me semble intéressant c’est de partir de la photographie d’un buste féminin nu , image de l’amour sensuel pour arriver sur une croix qui apparaît clairement, d’où sa valeur intrinsèque.Ce montage est un montage sec sans importation extérieure. Tous les éléments représentés sont issus de l’image originelle et donne à voir une Rosa Mystica que bien des personnes ont reconnu comme telle, sans avoir connaissance des manipulations « alchimiques » opérées pour arriver jusqu’à elle. La croix, symbole très christique de l’amour universel et surtout pas de la crucifixion, de la douleur et la mort, mais tout au contraire de l’infini et peut-être du divin, de l’aspiration vers l’infini, est ici issu de l’amour sensuel, du sexe joyeux, du corps amoureux qui ne se trompe pas puisqu’il livre après différentes opérations son secret universel. On est loin de la séparation du corps et de l’esprit chère aux églises de toutes sortes mais de l’esprit de l’amour incarné et de sa résultante divine.  » Insémination sans doute de l’ esprit du Kama Soutra et d’une philosophie de l’amour tantrique, seul chemin pour certain à pouvoir ouvrir les portes du ciel…

https://www.erudit.org/fr/revues/hphi/2000-v11-n1-hphi3234/802948ar.pdf

http://journals.openedition.org/etudesphotographiques/333

https://photospirite.wordpress.com/2011/03/21/photographie-alchimie-et-magie-les-prodiges-d%E2%80%99un-medium/

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