BOJENNA ORSZULAK PORTRAIT

 BOJENNA ORSZULAK PORTRAIT

Portraits d’instants choisis chez BOJENNA ORSZULAK…  il s’agissait de “circonscrire cette intimité de l’écriture, de chercher à photographier ce qui se cache derrière le temps, de prendre aux rais de la seconde, ce chant naissant, sous la coulée de l’encre, de rendre visible l’aveu de la page blanche sacrifiée au regard de la main, de la naissance du trait et de la couleur, de l’extraction des lappi lazzuli que seront ces mots, ces preuves ramenées au jour de la conquête de la nuit…. exercice passionnant et mené contre le silence majeur…

                       DES   FEUX   ET   DES   CENDRES

Qu’en sais-tu, des incendies de toute sorte? Tarjei Vesaas, „L’incendie

Au commencement était l’étincelle. D’une lumière, d’une parole, d’un souffle – ou d’une obscurité si intense qu’elle en était incandescente. Puis il y a eu le feu. Et enfin la cendre. Dispersée ou devenue diamant noir.

C’est la brève histoire d’un élan, d’un amour, d’une passion, d’une vie. Si nous sommes bien cendres-poussière et le redevenons, c’est que nous sommes là pour brûler. Dieu ne vomit-Il pas les tièdes ?

Le ventre de la terre est une boule de feu, jumelle secrète du soleil, qui la fait vivre. Et entre les deux, le cortège infini, la foule innombrable de flammes et de cendres. Il est des étincelles qui le restent, si le feu se retire en son point d’origine, plutôt que de naître. Il y a des étincelles qui sont des brûlures mordantes du désir ou celles, imprécises, de l’attente. Le feu les apaise et les soutient ; ou les éteint, sans laisser de trace. Parce que bon ou mauvais, il ne prend pas où il n’y a rien à brûler. Le foyer ou l’incendie ont besoin d’être nourris.

Le feu accompagne toutes les saisons du monde. La beauté prégnante des couleurs chaudes, des rouges, jaunes et orange, bruns et roux, et leur transmutation jusqu’aux blancs éclatants des solstices, des neiges ou des pleines lunes. Jusqu’aux extinctions des nuits noires.

L’or et le sang mêlés, le pouvoir et l’amour. Dernière allumette d’Andersen ou four d’alchimiste, autodafé ou crémation, bûchers des peurs des hommes. Feu noir de leurs enfers. Fer rouge chauffé à blanc pour la forge ou la marque indélébile d’asservissement ou de honte. Feu follet trompeur des marécages ou feu d’artifice et ses trajectoires imprévisibles, éphémères. L’étincelle d’une rencontre, un feu de croisée, ancien et primitif comme le frottement dur de deux pierres, d’où la flamme jaillit sous le regard ébloui de l’homme. Les cendres d’un adieu et leur goût crayeux qui emplâtre la bouche et le cœur. Mais une présence peut brûler autant qu’une absence, avec la même violence, destructrice ou nourricière.

Les flammes perdues à jamais des chandelles éteintes, lorsqu’il est trop tard et que les portes se ferment sous nos yeux, enfin grands ouverts. Les bougies des prières sans foi, pour des dieux congédiés. Les langues de feu des pentecôtes. Les lumignons humbles et impuissants des cimetières. La flammèche d’une pensée, qui déchaîne l’incendie ou la réveille. La torche hésitante qui révèle un chemin.

La braise incessante de nos vies, qui remue et résiste, même quand tout semble déjà noir et froid. Nous pouvons pleurer ou remuer les cendres, à la recherche d’une chaleur qui couve peut-être encore.

Les anges s’inclinent devant l’étincelle qui porte l’avenir d’un feu.     BOJENNA ORSZULAK

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