TIME OUT : FRAGMENTATIONS et MÉTA-IMAGES.

 

TIME OUT : FRAGMENTATIONS et MÉTA-IMAGES.

Time Out: Fragmentations et Méta-Images devraient se nommer l’expérience de la Fragmentation de l’espace et du temps sur un sujet qui appartient au champ pictural et qui fait photographie, de la recomposition d’une unité à travers les multiples morceaux qui la constituent dans les deux dimensions de l’image, réalisé à partir d’une réalité en trois dimensions. Les sujets sont de grands paysages, des portraits, certains espaces intérieurs, des nus et des architectures. A partir d’un balayage vertical et horizontal improvisé, à mains levées, de l’espace, de la recherche d’une plasticité du regard dans la découpe du sujet qui s’offre à l’oeil, ou qui est mis en scène, selon l’optique utilisée (du 35 mm au 180 mm )  par le jeu de l’association des nombreuses photographies, appelées éléments,  re-composant l’unité d’un sujet défini, j’utilise dans la direction artistique recherchée les différentes occurences, règles propres à celui-ci, afin de produire une oeuvre autonome et originale, qui rende compte de cette vision fragmentée, en relation avec une perception dite moderne. il s’est agi de trouver à l’époque une écriture qui rende compte de ma perception du monde et de ce qui faisait pour moi regard. Ce fut l’abandon de l’instant décisif, Cartier Bresson et de la perpective unique de la Camera Obscura.

EYES WIDE/WILD OPEN  est issu d’une définition théorique liée à une approche multi-perpectiviste et au renouvellement de la vision dans deux références prestigieuses, celles liées au Cubisme et au Pop Art, à travers David Hochney.

Ce travail de fragmentation du champ visuel propose une approche « déconstruite et reconstituée » des sujets abordés, Architectures,  Grands Paysages, Portraits, Nus. La finalité a été de faire jouer et de mettre en scène ce regard dont la rupture de la continuité est une marque de ce temps. Agir un renouvellement de celui-ci à travers les ruptures du réel et libérer un certain nombre d’occurrences liées à la prise de vues puis au montage, rapprochent cette pratique des installations, du dépliement, d’une écriture afin que le sujet traité puisse s’établir définitivement dans l’espace du Voir ( le ça voit lacanien), pratique que Jean Claude Lemagny qualifia en Arles de sculptures photographiques. Ce regard cherche dans l’intimité de sa réalisation et des différentes opérations nécessaires à celle ci à interroger de concert à la fois la plasticité des sujets abordés et ce regard “moderne” toujours sollicité, envahi, débordé, au bord de l’implosion, comme un retour à un certain classicisme, l’harmonie, dans un retour de conscience où se réfléchit la question: qu’est ce qui fait photographie, regard, aujourd’hui.

Passant ainsi de l ‘éblouissement à son souvenir, du passage du rêve à sa trace, le photographe pour obtenir quelques gains, grains du réel – traces de sa propre vérité et donc de son être là – est obligé d’emprunter le chemin du songe, de la rêverie, du rêve éveillé.

En établissant ce processus  psychologique, littéraire, le photographiant suscite plus intimement une métaphysique du désir et du jeu, pour retrouver plus secrètement une proposition de partages et d’éveil. Il se pose la question égale de l’écriture et du sens de sa pratique, tout en laissant la photographie inscrire en lui les traces de cette aventure toujours particulière, afin de faire retour sur sa vie, positivement. Il s’agit d’ouvrir les yeux éluardiens de l’âme, yeux fertiles à l’horizon des surréalités, dialogues avec l’invisible enchantement des Romantiques, franchir les portes de la perception pour forger l’expérience poétique visionnaire dans une écriture multiple, ce qui a semblé moins ambitieux que fondamental, personnellement.

Cette galerie comporte différents types de travaux, ceux issus en premier des compositions réalisées dans une première période, à partir des Polaroids SX 70, début des années 2004/5, dont les bords des Polaroids ont été supprimés afin de ne plus avoir le quadrillage blanc du montage s’imposer à l’oeil dans sa signature hockneyenne et de s’approcher d’une image fragmentée uniquement par les raccords du plan. C’est ensuite le recours à des focales plus longues que le 35 mm, du 85 au 180 mm pour multiplier le nombre d’éléments et entrer dans une plasticité de l’image plus grande dans son rapport format final / nombre d’éléments. Enfin une troisième période s’impose dans la fusion des sutures, des décalages entre les images, afin de lisser soit totalement, soit dans un pourcentage élevé, la composition finale. Julia on the hill , réalisée au Connemara est faire de 40 photographies sur un angle d’environ 280/300 degrés.

Tout un mouvement créatif s’est libéré au fil des compositions, faisant sens à l’arrivée dans ce constat. J’étais parti d’une critique de l’instant décisif et de la perspective unique pour dé-construire l’image, la morcelant de toute part, pour finalement revenir à une image unifiée, non pas à travers le choix simple d’une optique et d’un plan unique, mais à partir de la multiplicité des possibles, comme si d’un coup le miroir brisé hier, se recomposait dans une version plastiquement unique, dont le processus de production avait demandé de parcourir toutes les intentions du fragment pour retrouver l’unité.  Assembler ce qui était épars. Le sujet avant la photographie devait passer par une recherche de dé-construction (hommage au structuralisme et à l’anti-psychiatrie) et de refonte, avant de réintégrer l’unité de la composition finale, rejouant, entre Apollon, le principe mathématique et solaire de l’architecte, et Dionysos, l’inflammation de la spatialité, des sens, ce qui secrètement ensemence et libère, s’approchant d’une intention orphique, le cycle du grain et de la Terre, la traversée des enfers, le passage symbolique de la mort, la renaissance, le renouveau de l’unité, mais cette fois indirecte, plastique et consciente, sans intervention séductive du hasard.  “Le fait séductif se retrouve dès la Génèse : un savoir proposé, interdit, et de plus proposé par quelqu’un de duplice, si l’on veut bien englober le tentateur “à l’intérieur” du Dieu lui-même.”  Denis Vasse, La Dérision ou la Joie ? La question de la jouissance, Éditions du Seuil, 1999.

70x105cm-Julia-on-the-hill-Connemara-Irland TIME OUT : FRAGMENTATIONS et MÉTA-IMAGES.

FUSION des 40 éléments qui constituent cette fragmentation devenue invisible, seule la situation du personnage sur la lande parait incongrue. cela est du au 280 degrés du point de vue et de la distorsion du champ visuel qui en résulte, d’où une certaine étrangeté qui fait sens. tirage numérique 1/18 80x120cm, 120x160cm

Julia on the hill: L’intervention de la couleur évoque fantasmatiquement la Renaissance, de l’hyper netteté, du premier brin d’herbe à l’infini des monts, une perspective grandiose de plusieurs dizaines de kms, au 105mm, se présente sous la forme d’une simple image qui semble faite à la chambre 4×5 inches, par le rendu de sa fusion à 100% de tous les éléments. Plus que cela, elle est pour moi, devenue l’espace même du rêve photographié. Cela est du au plan reconstitué et aux perspectives intérieures. La petite fille en rouge semble  flotter, perdue dans l’espace, alors qu’elle a été photographiée dans le même rapport de plan, proche physiquement. La voilà déplacée par toute la composition, comme re-située dans cet espace du rêve éveillé, où tout semble normal, mais tout est étrange, de cet aveu d’une douce inquiétante étrangeté.

Le montage, la distorsion du champ photographique qui en sont nés, si l’on regarde de près, signifient l’impossibilité d’avoir eu recours à une seule image réalisée avec un matériel classique. Une perturbation de la sensorialité nait du montage inter-actif, puis de la fusion des éléments, de la ré-écriture des sutures… projetant l’image vers cette perception de l’espace onirique que chacun a pu mesurer suite à ses propres rêves.

Cette tentation de la fusion marque la fin de cette sérialité qui s’est exprimée à travers ce processus créatif pendant près de 18 ans, sur des sujets relevant de mon environnement.  Il a donné récemment les grandes compositions sur le Clos de Vougeot, faites pour être tirées en monumental, la grande calanque de Cassis, les éoliennes en Chablis. L’expérience de la monumentalité était inscrite dès l’origine.

Ces grandes compositions peuvent être articulées pour exposition dans différents formats et sous forme d’installation, selon les commandes.

“Déconstruire l’opposition consiste à établir que les deux termes se constituent à partir d’un élément formant leur condition de possibilité commune. Par exemple, la différance est le mouvement de production de tout réseau de différences …”  De la grammatologie, Jacques Derrida.

©Pascal Therme, Juin 2021

https://www.cairn.info/revue-les-etudes-philosophiques-2013-2-page-221.htm

https://www.seuil.com/ouvrage/la-derision-ou-la-joie-la-question-de-la-jouissance-denis-vasse/9782020329644

https://slash-paris.com/fr/evenements/au-dela-de-larchitecture-construction-deconstruction-regeneration

©Pascal Therme, Juin 2021

 

 

un lien:  David Hockney page

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