M.E.P. Photographes voyageurs et Voyages

Atelier Gens d’images

Maison Européenne de la Photographie
.Les Photographes voyageurs
: Partir, découvrir l’autre, explorer de nouveaux territoires… Photographie et voyage sont intrinsèquement liés.
 Rencontre autour des pratiques de trois auteurs : Bernard Descamps, Bernard Plossu et Ambroise Tézenas.
 Atelier présenté par Sophie Bernard, journaliste et commissaire d’exposition indépendante.

Au fil de l eau….

Jeudi soir dernier, à La MEP, se tenait une conférence, organisée par l’association Gens d’Image, sur les photographes voyageurs. On ne présente plus depuis longtemps les trois intervenants, accessibles, charmants, respirant la passion et bien entendu la photographie: échanges autour du Voyage. Il va en découler un viatique utile….

un bon photographe se reconnait à ses chaussures…

De quoi est il question? Tout d’abord de savoir quitter ses repaires d’occidentaux et de s’accorder à l’endroit choisi…
Bernard Descamps a de bons mots, des formules typées, il évoque en premier lieu le voyage et le besoin de tuer le touriste « que je suis déjà, quand j’arrive à destination » il ne saurait être question de satisfaire aux attitudes consuméristes. Il faut prendre le temps de s’accorder du temps, sas de décompressions, décontamination du regard, pouvoir être présent à cette altérité, au passage de l heure… Ce que Bernard Plossu ne conteste pas mais utilise une autre formule non moins ironique et pourtant assez juste: » un Bon photographe se reconnaît à ses chaussures ». Le photographe est marcheur, il arpente le pays, la ville, se promène. Koudelka, Ben Loulou, Duroy, Plossu, Descamps,Tezenas, et bien d’autres, tous, pratiquent la marche. Les jambes du photographe sont bien ce compas truffaldien masculin, le photographe parcourt le monde, s’épuise physiquement, se remet en corporalité, en souffle, se centre, avant de respirer par les yeux et l’âme ce monde qui fait soudain , à l’instant du déclenchement, signe et sens…..La marche est souvent un préalable à la photographie, parcourir, marcher, prendre les chemins de traverse… s’affranchir, se contraindre, se rendre libre, autant de façons de joindre sa photographie, l’écriture de l’instant, cette fraction de seconde où tout se fait, tout arrive…

Rester Vierge

….. tandis que les images défilent derrière les intervenants, projetées, la discussion se poursuit sur le projet photographique en réponse au naturel de la démarche de B. Descamps, sur les pigmées Aka: aucune lecture préliminaire n’était nécessaire afin de privilégier la rencontre… La photographie est en soi une façon d appréhender le monde et donc de formuler une découverte; cette virginité est importante si l’on veut voyager du côté du vertige, du partage, d une énonciation ou l acte photographique devient un être là et une prise de conscience… ce qui permet à B.Deschamps d évoquer une universalité entre les Hommes, les pigmées Aka ayant le même comportement que nous, occidentaux, face aux enfants, pour exemple, dans la transmission des valeurs, techniques, éthiques et morales. Ce raccourci me semble éminemment pertinent, parce qu’il dissout la distance entre les “peuples”  et met en perspective la résonance de notre façon très ethno centrée d’appréhender le monde; ces populations, aussi diverses et lointaines semblent elles être, nous sont plus proches qu’il n’y parait.

Projet, pas projet, projet quand même! Bernard Plossu….

Bernard Plossu évoque le projet conscient ou inconscient comme moteur secret de l œuvre.  Pour preuve dit il, les îles italiennes qu’ il visitera toutes, en vingt ans… ce qui n’était pas prévu au départ, ont initié un chemin qui s’est déployé au fil du temps…Si un point de départ se dessine, un pays, il n’est pas sûr qu’il continue à essaimer un désir de travail. Pour preuve, B. Descamps a « laissé tomber certains pays où il s’est avéré qu’il n’avait rien à y faire, après vérifications et coups d’essais ratés. .. d’autres, au contraire avec qui le photographe tisse des liens , écrit une part d’histoire, aime à y retourner et continue ce voyage, interrompu, puis repris, sorte d’ Odyssée intime, filant sa route par l’aventure qui inscrit l’image au creux du corps du voyage. Est ce à dire que le photographe entretient un rapport amoureux et charnel, mystique, métaphysique, avec ces territoires de lumières, là, où une projection peut se faire. Y a T il finalement un discours amoureux au creux du voyage du photographe en ses terres de prédilection? Que se noue t il de la séduction et du dévoilement, mis à part cette part photographique, en quoi la photographie est elle parcourue par l’énergie du voir et identifie t elle, au delà de ce qu’elle cherche à « capturer » une part secrète liée a l’écriture, au roman, à la fiction et l’auto-fiction, à la recherche de vérités et a l’ identification de traces?

De la chambre au 24×36…

La discussion met bientôt en évidence la différence des trois invités sur les appareils et les formats de films qu’ils utilisent, tous, argentiques de la chambre de Tezenas , au 6X6 de Descamps, au 24X36 de Plossu… Le rapport au temps, à l’oeil est forcément différents et profondément singulier. Mais ce n’est pas le format qui conditionne l’écriture même si en retour c’est à travers lui que se font les prises de vue, déjà, c’est l’écriture qui pense le format. Cette faculté de « sentir » l’outil nécessaire à l’expression est quasi instinctive . (Descamps)

La Distance.

B. Descamps confie que lors de ses premiers voyages en Inde, il n’arrivait pas à trouver « sa » distance par rapport au sujet. la distance, diront ils, ce focus, ce rapport à l’espace est primordial pour réussir ses images. Mais est ce aussi une distanciation du monde, ou la recherche de sa juste profondeur en soi, une recherche du point ou la vision s’organise, où le temps se rassemble et rend possible la prise de vues? où l’image s’inverse et s’active, l’oeil du photographe à travers la visée de l’appareil saisit la distance juste où peut (ap)paraître le monde, et formuler sa vision.

Le commentaire?

Les propos, confessions, ironies, commentaires documentent effectivement l œuvre de chacun et font ce moment intéressant et riche, en fonction des partages; il est une question par contre qui mérite l attention, question redondante en littérature: En quoi le commentaire, cette parole rapportée et périphérique, éclaire t elle en quoique ce soit l œuvre ? Question de contexte, de chaleur, de bonhommie, certes… Mais La question demeure entière.
Cet exercice urbain et forcément social n éclaire pas l acte en soi, ne dit rien de ce qui se passe à ce moment où l écriture nait de la rencontre d un lieu, d’ un temps, d’ un Je et d’un acte créateur, l écriture et surtout d’un espace de réception, de révélation… Je crois que nos invités tournent autour du sujet, parce qu’ intime et surtout secret. Ceci échappe au commun, que se passe t il au moment où ils photographient. Poésie répondront ils tous… EN quoi le prétexte documentaire (auquel pour ma part je ne crois pas) défini par Ambroise est il une raison suffisante et majeure, pour « expliquer » « cadrer » ce qu’il se passe devant les yeux…. et est ce la seule raison qui fait les images?.

Dans cet espace intime et secret, l’acte photographique est il plus large que son prétexte, de quoi se nourrit il ?…..et ce serait alors sous forme de confessions et d’intimité, une métapsychologie, faite à partir d’ une lecture de soi, naissance difficile à établir clairement et surtout suffisamment secrète pour penser échapper à toute nomination… les photographes ne parleront pas sur cette question… quelle alchimie permet l’opération photographique, l’écriture… l’autre soi, que ce soit un paysage, un visage, un objet, un cadrage, une lumière, une intention deviendrait un moment où l’identité se prolonge, s’enflamme. La raison objective d être TOUT À son sujet dans un rapport où il se passe quelque chose de magique malgré soi, au delà de soi…vertiges, révélations, production de l’événement, de ce qui advient quand le photographe tend un double miroir en lui et sur le monde et que s’enregistre quelque chose de ce travail, de cette intensité du rêve, quand le songe poudroie et que se fait la traversée du réel, voyage intérieur accompli, retour de l’oeil (Bataille), force de l’oeuvre, c’est à dire de ce qui a travaillé les surfaces sensibles dont le film mais aussi l’âme, le coeur, l’esprit, le corps, sont un des matériaux dédiés à l’éblouissement, la lumière: le photographe touche t il  son ciel intérieur et permet-il à tout ceci d’advenir, d’être?

Cette question sera à peine effleurée quand arrive celle de l editing, le choix très personnel de chacun sera évoqué pour le livre, l’expo à venir… Mais quelle lecture fait on de son propre travail? Ce choix fait hier n’est plus celui que je ferais aujourd’hui, la relecture n’est pas une lecture identique; entre deux points du temps, nous ne sommes plus ni tout a fait un autre, ni tout a fait le même. Peut être également pouvons nous mieux délier les matières, des intentions et du temps, ce que fut l’intention première et encore conclut Bernard Plossu, rien n’est sur….Nous ne sommes surs de rien…

[RENCONTRE MEP] En attendant la sortie nationale de son nouveau livre, AUTOPORTRAIT (Éditions Filigranes) rencontrez ce soir Bernard Descamps à la MEP en compagnie de Bernard Plossu et Ambroise Tézenas sur le thème des photographes voyageurs.

Avec Sophie Bernard et Gens D’images Jeudi 23 mars 2017, 
de 18h15 à 19h45.

©pascatherme/2017l

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